rêve

Aimé par toi…

 

Nageant dans le remous de tes larmes
Aimé par toi —  exilé du ciel
Le goût du poison existentiel
Distillé par le flou de tes charmes

En bouche
Je couche

Des mots échappés du bois mort
Sur le papier parfois le tort
Grisonnant tes cheveux noirauds
A le poids lourd sur l’échafaud

Soleil
Vermeil

Dans les éclats blancs du miroir
Au sol fracas mélancoliques
Flacons vides aux fonds bucoliques
Sous les draps tréfonds du mouroir

Chaleur
Clameur

Refoulées au degré du rêve
On fouille en omettant la grève
Du souvenir pour soutenir
La mort qui vient pour subvenir

Aux rires
Aux lyres

Dont se languissent tes absences
À l’amour brut abasourdi
Par le réel et ses démences
Ivre d’un bon vin alourdi

Je vois
Je bois

Encore un secret à tes lèvres
Avant la nuit et ses prestiges
Au prix d’un cri au prix des fièvres
Avant la paix et ses vestiges

Youri Lyrianov — 10/06/18

Le paradis perdu

 

Sur chacun la prose éculée a fait son œuvre,
Dégoûtant notre histoire et glorifiant le jour,
Son abîme infini qui presse nos manœuvres
Pour tenter d’adoucir ce fugace séjour,
A tous déjà damné, fanant quand vient l’aurore.

Quand vient l’aurore aux maux libérés par Pandore,
C’est l’existence à sec que nos rêves appareillent
Dans un lointain sommeil pour de bleuâtres cieux
Toujours purs, vers le Sud et ses langueurs vermeilles,
Cueillir, puiser des remèdes aux parfums précieux,

Ou bien, las, assécher quelques lourdes bouteilles
Après quelques soupirs à l’ombre d’un corps nu :
L’un des corps irréels humé par le fantasme,
Sauvagement enfouit au désir du sarcasme,
Si réel, d’une main amante et malvenue.

(suite…)

Whisky

20

© JORDAN PONCET

Whisky dans un verre
Sans goût et sous terre
L’amour et la haine
La vie et ses chaines
On enchaîne au vent
Des colliers de fleurs
Des fleurs et du temps
Poussières et tranchant
De nos gouffres amers

*

C’est le whisky du soir
Qui glisse au sol mat
Des cruels encensoirs
Solitude intacte
Et cruel souvenir
C’est celui de l’être
Qu’on pouvait omettre
Et qu’on pouvait vernir
De notre amour terni

Terminé les séries
De secrets exigus
Le jour contigu
Aux noirs cauchemars
Sang trouble et fêtard
Aller aux arènes
Choper la gangrène
Dans un obscur oubli
De soi et d’autrui
Si l’autre est établi
Dans les remous finis
D’un brumeux destin

*

Whisky dans un verre
Emacié le visage
Acculé le rivage
Le cœur est sous terre

 

Jordan Poncet — 30/01/18

Fuite nocturne

 

Quand la Nuit tranche à vif nos prunelles orphelines
Et fait choir sur l’autel
De nos peurs sibyllines
Des éclats de lune aux pâmoisons immortelles,

C’est que le foyer fuit
Par les routes et chemins dans les mains du dégoût,
Dans le brouillard qui luit
— Au fond d’un gouffre amer où le passé sans goût

Vient gaufrer le sol mat.
C’est quand le cri nocturne
Rappelle au cœur meurtri l’examen de Maât
Sur l’arc noir, oblong, d’une église sans fortune.

Mais que glisse au degré ultime du silence
Par l’embrasure hautaine et pleine d’indulgences
De la Maison confuse ?
Un nain aux yeux qui fusent

Sur l’ébahi trompé ; un nain tenant le drap
Et le couteau, la clef, le mouchoir, le prélat,
Le sourire élargi par ses dents coruscantes
Et ses desseins obscurs, sa vision clairvoyante.

Et que ne fait-il pas
En redoublant ses pas,
En chassant la poussière
De ces confins austères ?

Il se met à courir avec le drap unique,
Sautant les vallons morts,
Nous jouant l’affreux sort
Que subit un dormeur vers le réveil cynique.

Car le drap tient le rêve
Et tout se trouble ainsi,
Et tout se fond en sève
Dans le cercueil : le lit.

Jordan Poncet — 14/11/17

Être

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Deru – 1979

Des taches d’encre sur les murs
Et des murmures et des éclats
De voix de temps et de futurs
Sentiers brumeux semblables états
Me déposant sur le rivage
Que les étoiles humidifient
Que les étoiles et leurs visages
Couvrent de rêves auxquels se fient
Se figent les âmes endeuillées

 

Jordan Poncet —  9/08/17