Limbes

bris d’hiver

 

cocktail gin
éclatante
rosière in
l’eau constante

les morceaux
de ce fleuve
jouvenceaux
à l’épreuve

car le vent
les déchire
c’est l’Avent
qui chavire

à bâbord
bleu de glace
dès l’abord
que sa face

par les traits
de lumière
ses portraits
font première

de mon cœur
se distille
la rancœur
pacotille

dans les flots
que dégivre
aux sanglots
le jour ivre

rit sa voix
sons de cloches
bris de noix
dans les poches

 

Youri LYRIANOV, © 06/11/18

le jour était mort

 

et des fous de lumière au chevet de la nuit
se morfondaient en chœur sous de brumeuses pluies
les cheveux inondés par le flou de minuit
et la charmeuse moire aux feuillus parapluies

et tout tout ruisselait se plissait dans les eaux
aussi les gouffres noirs de ces noires rigoles
rejetaient du néant l’écume des caveaux
et toute la froideur des défuntes paroles

buvant du ciel tordu les larmes des jours pleins
les âmes du chaos dans leur ultime étreinte
déchus du jour — aussi — férus de maux sereins

se quittaient pour le feu dans le jeu qui s’éreinte
chaque sourire amer est un poisseux regret
sur leur visage mort la chaleur s’est restreinte

aux yeux crasseux que la nuit tranche au couperet

 

Youri LYRIANOV © 24/11/18

élégie d’un pays tropical

 

élégie
d’un pays tropical
stratégie
d’un poison médical

la mort frappe
les sourds à bout d’un jour
sous la trappe
quand le feu fend l’ajour

et la mère
mène un deuil quelque peur
sa chimère
qu’un Charon croit vapeur

que l’aurore
tait dans les favelas
sur l’accore
— maux en aquarelas

prison chaude
dans le cours des ailleurs
ça maraude
dans les cous travailleurs

sur la grève
le destin trafiqué
on s’élève
par le rêve étriqué

 

Youri LYRIANOV © 29/10/18

coma

 

 

je comate
les jours pluvieux
je colmate
mes yeux envieux
et la plaie
parfums d’alcool
la chênaie
au creux du col

était-elle
au creux du mien
sensuelle
moi bohémien ?
doute et doute
chemin tremblant
douce absoute
on fait semblant

de survivre
au bord du lit
le cœur ivre
par la chienlit
mord la haine
mais d’abord l’air
la migraine
des bouts d’éclair

sur ta peau nue
caramel
et fleur charnue
hydromel
prêt à se fondre
un glaçon
pour se confondre ?
sans façon

je bois le verre
ses éclats
au goût de terre
les aplats
de mon absinthe
et absent
de ma jacinthe
le présent

 

Youri LYRIANOV © 20/10/18