Poésie

le jour était mort

 

et des fous de lumière au chevet de la nuit
se morfondaient en chœur sous de brumeuses pluies
les cheveux inondés par le flou de minuit
et la charmeuse moire aux feuillus parapluies

et tout tout ruisselait se plissait dans les eaux
aussi les gouffres noirs de ces noires rigoles
rejetaient du néant l’écume des caveaux
et toute la froideur des défuntes paroles

buvant du ciel tordu les larmes des jours pleins
les âmes du chaos dans leur ultime étreinte
déchus du jour — aussi — férus de maux sereins

se quittaient pour le feu dans le jeu qui s’éreinte
chaque sourire amer est un poisseux regret
sur leur visage mort la chaleur s’est restreinte

aux yeux crasseux que la nuit tranche au couperet

 

Youri LYRIANOV © 24/11/18

élégie d’un pays tropical

 

élégie
d’un pays tropical
stratégie
d’un poison médical

la mort frappe
les sourds à bout d’un jour
sous la trappe
quand le feu fend l’ajour

et la mère
mène un deuil quelque peur
sa chimère
qu’un Charon croit vapeur

que l’aurore
tait dans les favelas
sur l’accore
— maux en aquarelas

prison chaude
dans le cours des ailleurs
ça maraude
dans les cous travailleurs

sur la grève
le destin trafiqué
on s’élève
par le rêve étriqué

 

Youri LYRIANOV © 29/10/18

coma

 

 

je comate
les jours pluvieux
je colmate
mes yeux envieux
et la plaie
parfums d’alcool
la chênaie
au creux du col

était-elle
au creux du mien
sensuelle
moi bohémien ?
doute et doute
chemin tremblant
douce absoute
on fait semblant

de survivre
au bord du lit
le cœur ivre
par la chienlit
mord la haine
mais d’abord l’air
la migraine
des bouts d’éclair

sur ta peau nue
caramel
et fleur charnue
hydromel
prêt à se fondre
un glaçon
pour se confondre ?
sans façon

je bois le verre
ses éclats
au goût de terre
les aplats
de mon absinthe
et absent
de ma jacinthe
le présent

 

Youri LYRIANOV © 20/10/18

Aime-moi…

 

Aime-moi donc étranger rêveur,
Aime-moi vite et bien, sans regrets,
Sans pleurer, offre-moi la saveur
Du bonheur, de tes précieux secrets.

L’amour m’est un breuvage enivrant
Comme une eau-de-vie, un sang clair, riche
De voluptés et de force, ouvrant
Les trésors d’un ciel odieux — qui triche.

Quitte à souffrir, vis-en la passion
De mon corps désiré, hypnotique,
Car homme aveuglé, c’est ta mission

Que d’avoir mon désir vampirique
Sur ton cœur abusé. Sois prêt, vite,
Mon sein a le marbre qui s’effrite.

 

Youri LYRIANOV — 29/08/18

Divin portrait

decisy - rochegrosse - fleurs du mal - baudelaire

Eau-forte réalisée par Eugène Decisy d’après une composition de Rochegrosse ; pour Les Fleurs du mal, 1910 – Source BnF

 

Déesse aux desseins sardoniques
Que je dessine au grès des flammes,
— Flammes aguicheuses, sadiques —
Qu’iront épouser les dictames ;

Je vous rêve en deçà du mal
En sachant vos pleurs maladroits,
Dont même le reflet vénal
Pour mon cœur a valeur d’exploit.

Déesse aux curiosités noires,
Aux longs cheveux scindés de moire,
C’est sur le papier gris et frêle

Que vos passions, vos deuils se mêlent
Tandis que vous œuvrez, mortelle,
Au fond d’un lit — à la chandelle !

Youri LYRIANOV —  16/05/18

 

Aimé par toi…

 

Nageant dans le remous de tes larmes
Aimé par toi —  exilé du ciel
Le goût du mal existentiel
Distillé par le flou de tes charmes

En bouche
Je couche

Des mots échappés du bois mort
Sur le papier parfois le tort
Te grisonnant, être noiraud,
A le poids lourd sur l’échafaud

Soleil
Vermeil

Dans les éclats blancs du miroir
Au sol fracas mélancoliques
Flacons secs aux fonds bucoliques
Sous les draps tréfonds du mouroir

Chaleur
Clameur

Refoulée au degré du rêve
On fouille en omettant la grève
Du souvenir pour soutenir
La mort qui vient pour subvenir

Aux rires
Aux lyres

Dont se languissent tes absences
À l’amour brut abasourdi
Par le réel et ses démences
Ivre d’un bon vin alourdi

Je vois
Je bois

Encore un secret à tes lèvres
Avant la nuit et ses prestiges
Au prix d’un cri au prix des fièvres
Avant la paix et ses vestiges

Youri LYRIANOV — 10/06/18

Dolor

 

Mes plus grands secrets sont de toi
Et de toi je connais les traîtrises
Et ton doux parfum — sur le toit
De nos sincérités allusives.

Pavant le ciel d’une nocturne antienne,
Nos cœurs soumis, maladroits — par le vent
D’un beau soir noir couvant l’horreur ancienne,
S’évadaient vers de lointains couvents.

S’inondait le sol mat de la ville endormie
Dans un dernier brouillard, dans un dernier sommeil
Avant l’heure infâme du lever — du soleil

Trituré par le désir, la sombre anémie.
Mes plus grands bonheurs sont de toi, soûlés au rire
D’un passé pétrifié adorant ton sourire.

Youri LYRIANOV —  07/04/18