Fuite nocturne

 

Quand la Nuit tranche à vif nos prunelles orphelines
Et fait choir sur l’autel
De nos peurs sibyllines
Des éclats de lune aux pâmoisons immortelles,

C’est que le foyer fuit
Par les routes et chemins dans les mains du dégoût,
Dans le brouillard qui luit
— Au fond d’un gouffre amer où le passé sans goût

Vient gaufrer le sol mat.
C’est quand le cri nocturne
Rappelle au cœur meurtri l’examen de Maât
Sur l’arc noir, oblong, d’une église sans fortune.

Mais que glisse au degré ultime du silence
Par l’embrasure hautaine et pleine d’indulgences
De la Maison confuse ?
Un nain aux yeux qui fusent

Sur l’ébahi trompé ; un nain tenant le drap
Et le couteau, la clef, le mouchoir, le prélat,
Le sourire élargi par ses dents coruscantes
Et ses desseins obscurs, sa vision clairvoyante.

Et que ne fait-il pas
En redoublant ses pas,
En chassant la poussière
De ces confins austères ?

Il se met à courir avec le drap unique,
Sautant les vallons morts,
Nous jouant l’affreux sort
Que subit un dormeur vers le réveil cynique.

Car le drap tient le rêve
Et tout se trouble ainsi,
Et tout se fond en sève
Dans le cercueil : le lit.

Jordan Poncet — 14/11/17

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